Délocaliser son entreprise : Portugal, Andorre, Géorgie, Panama ou Bahamas ?
- 2 août
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Sommaire
Introduction
Déplacer le siège de sa société vers une juridiction plus clémente séduit beaucoup de dirigeants, mais l'exercice tient rarement de la simple formalité administrative. Entre le Portugal, l'Andorre, la Géorgie, le Panama et les Bahamas, les écarts d'imposition des sociétés sont considérables, et chaque régime obéit à sa propre logique. Encore faut-il distinguer un taux affiché d'une charge réelle après substance.
Nous abordions récemment la montée en puissance de l'impôt minimum mondial et ses effets sur les stratégies de relocalisation. Le présent article prolonge la réflexion côté entreprise, en comparant cinq destinations sous l'angle de l'impôt sur les sociétés plutôt que de la seule résidence des personnes.
Une délocalisation d'entreprise crédible repose sur trois piliers : un taux d'imposition attractif, une substance économique réelle et une compatibilité avec les règles anti-abus françaises et européennes. C'est cette grille de lecture complète que nous appliquons méthodiquement à chaque pays.
Délocaliser une société, ce n'est pas déplacer une boîte aux lettres
Transférer le siège social d'une entreprise ne suffit pas à en déplacer la charge fiscale. L'administration française, comme la plupart de ses homologues européennes, s'attache au lieu de direction effective, c'est-à-dire là où les décisions stratégiques sont réellement prises. Une coquille sans dirigeant ni activité sur place reste exposée à une requalification en France.
La notion d'établissement stable complète ce socle. Dès qu'une société étrangère conserve en France des locaux, du personnel ou un cycle commercial complet, une partie de ses bénéfices y demeure imposable. La délocalisation ne protège donc que ce qui a été véritablement transféré, jamais ce qui continue d'être opéré depuis le territoire d'origine.
Substance économique : le vrai juge de paix
Bureaux, salariés, comptes bancaires locaux, contrats signés sur place : la substance se démontre par des faits, pas par une adresse. Les juridictions sérieuses l'exigent d'ailleurs de plus en plus, et un montage dépourvu de réalité opérationnelle fragilise le projet au lieu de l'optimiser.
Portugal : un IRC de 19 % qui baisse d'année en année
Le Portugal ne joue pas la carte du taux zéro, mais celle d'un cadre européen crédible et en baisse programmée. L'impôt sur les sociétés, l'IRC, est passé à 19 % en 2026 contre 20 % l'année précédente, dans une trajectoire censée le ramener à 17 % en 2028.
Les petites et moyennes entreprises bénéficient d'un taux réduit de 15 % sur les premiers 50 000 euros de bénéfice imposable, le solde étant taxé au taux normal. S'y ajoutent des surtaxes municipales et étatiques sur les résultats élevés, ce qui rend l'arbitrage dépendant du niveau de profit réellement dégagé.
Madère et l'accès au marché unique
La région autonome de Madère applique des taux d'IRC nettement inférieurs à ceux du continent, autour de 13 % et moins encore pour les micro-entreprises. Cet atout, combiné à l'appartenance à l'Union européenne, séduit les sociétés qui recherchent à la fois substance et accès au marché unique. Nous cadrons ces conditions sur la page dédiée à la délocalisation d'entreprise au Portugal.
Andorre : un impôt sur les sociétés plafonné à 10 %
La principauté applique un impôt sur les sociétés, l'Impost de Societats, à un taux forfaitaire de 10 %, l'un des plus bas d'Europe. Le pays combine cette pression modérée avec l'absence d'impôt sur la fortune et une stabilité réglementaire appréciée, à quelques kilomètres de la France.
Andorre n'appartient pas à l'Union européenne, mais a signé des accords qui la rapprochent des standards internationaux de transparence. Pour une société de conseil, de gestion ou de détention d'actifs, le cadre offre un rapport simplicité et lisibilité rarement égalé dans la région.
Une présence réelle toujours exigée
Le taux attractif ne dispense jamais d'une implantation tangible : bureau, gérance locale et activité effective. Les autorités andorranes comme françaises regardent la réalité derrière la structure, et une société purement passive ne suffit pas à sécuriser le régime. Nous détaillons ces exigences via la page de délocalisation d'entreprise en Andorre.
Géorgie : le modèle estonien, 0 % sur les bénéfices réinvestis
La Géorgie a adopté le modèle estonien d'imposition des sociétés : l'impôt de 15 % ne frappe les bénéfices qu'au moment de leur distribution. Tant que les profits sont réinvestis dans l'entreprise, le taux effectif demeure de 0 %, ce qui favorise directement la croissance autofinancée.
Le pays propose en outre des statuts spécifiques, comme la Virtual Zone réservée aux sociétés informatiques exportatrices, qui ramène l'imposition des services IT à 0 % assorti d'une retenue réduite sur les dividendes. Ces régimes supposent toutefois une activité réellement logée sur le sol géorgien.
Une substance de plus en plus contrôlée
L'administration géorgienne renforce depuis 2026 ses contrôles sur la réalité économique des sociétés qui bénéficient de ces statuts. Développeurs sur place, bureaux et facturation cohérente deviennent indispensables pour conserver l'avantage, faute de quoi le régime peut être remis en cause rétroactivement. La page de délocalisation d'entreprise en Géorgie précise ces critères.
Panama : une fiscalité territoriale à 25 %
Le Panama applique un impôt sur les sociétés de 25 %, mais uniquement aux revenus de source panaméenne. Les bénéfices générés hors du pays échappent en principe à l'impôt local, ce qui fait de la place un point d'ancrage prisé des sociétés à activité strictement internationale.
Cette logique territoriale s'accompagne d'un dollar américain utilisé comme monnaie et d'un secteur bancaire développé. Pour une holding ou une société de services opérant hors zone, l'équation peut se révéler favorable, à condition de démontrer que l'activité est réellement conduite depuis l'étranger.
Attention à la source réelle des revenus
La frontière entre revenu panaméen et revenu étranger se joue sur des faits précis : lieu des prestations, des clients et de la gestion. Une société qui pilote en réalité son activité depuis la France s'expose à une double lecture, française et panaméenne, et perd le bénéfice d'une territorialité mal maîtrisée. Nous sécurisons ce point via la page de délocalisation d'entreprise au Panama.
Bahamas : zéro impôt, sauf pour les grands groupes
L'archipel ne prélève traditionnellement aucun impôt sur les bénéfices des sociétés, ce qui explique sa réputation de place à fiscalité nulle. Les recettes publiques reposent sur la TVA et les droits de douane, laissant aux entreprises une absence d'imposition directe sur leurs résultats.
La donne a toutefois changé pour les très grands groupes. Avec l'entrée en vigueur d'une taxe complémentaire minimale de 15 %, les multinationales dont le chiffre d'affaires dépasse 750 millions d'euros sont désormais imposées à ce niveau, en application du pilier 2 de l'OCDE. Les PME et sociétés de taille modeste, elles, restent à 0 %.
Pour une structure patrimoniale ou une société de détention située en dessous de ce seuil, les Bahamas conservent un attrait fiscal considérable, à condition d'anticiper le coût d'installation et la substance attendue sur place. La page de délocalisation d'entreprise aux Bahamas en détaille les étapes.
Le comparatif en un tableau
Le tableau ci-dessous résume la logique de chaque destination. Il ne remplace pas une étude personnalisée, car la base imposable et l'exigence de substance comptent autant que le taux affiché.
Juridiction | Impôt sociétés | Base imposable | Point fort |
Portugal | 19 % (15 % PME) | Mondiale | Cadre UE, taux en baisse |
Andorre | 10 % | Mondiale | Taux plancher européen |
Géorgie | 15 % à la distribution | Bénéfice distribué | 0 % si réinvesti |
Panama | 25 % | Source panaméenne | Revenus étrangers exonérés |
Bahamas | 0 % (15 % si groupe) | Résultat local | Aucun impôt direct sous seuil |
Substance, ATAD et exit tax : le socle à ne pas oublier
Quel que soit le pays choisi, plusieurs garde-fous européens encadrent la délocalisation d'entreprise. Les règles anti-abus, notamment le dispositif des sociétés étrangères contrôlées, permettent de réintégrer en France les bénéfices d'une filiale artificielle établie dans un pays à faible imposition. La réalité économique reste déterminante.
Exit tax, conventions et prix de transfert
Le transfert d'actifs ou de titres à l'étranger peut déclencher une imposition des plus-values latentes, tandis que les flux entre entités liées doivent respecter les prix de transfert de pleine concurrence. Une convention fiscale entre la France et le pays d'accueil vient encadrer ces relations et éviter la double imposition, sans jamais effacer l'exigence de substance vérifiable.
Nous pensions qu'ouvrir une société en Géorgie suffirait à sortir nos revenus du champ français ; sans bureau ni équipe sur place, le montage s'est révélé indéfendable. En installant une vraie activité et une gérance locale, la structure est devenue solide face à un contrôle, témoigne un dirigeant accompagné en 2026.
Conclusion
Portugal, Andorre, Géorgie, Panama et Bahamas dessinent cinq stratégies très différentes : cadre européen en baisse, taux plancher à 10 %, imposition à la seule distribution, territorialité ou fiscalité nulle sous seuil. Le bon choix dépend de la nature de l'activité et de la capacité à y installer une substance réelle.
Avant tout transfert, il est prudent de confronter votre projet aux règles de substance, aux dispositifs anti-abus et aux conventions applicables. Vous pouvez étudier la délocalisation de votre entreprise avec Coreway Consulting.
Questions fréquentes
Suffit-il de transférer le siège social pour délocaliser la fiscalité ?
Non. Ce qui compte est le lieu de direction effective et la substance économique réelle. Une société sans dirigeant, bureau ni activité sur place reste exposée à une requalification en France, quel que soit le pays d'immatriculation retenu.
Quel pays offre l'impôt sur les sociétés le plus bas ?
Parmi ces cinq destinations, les Bahamas affichent 0 % sous le seuil des grands groupes et la Géorgie 0 % sur les bénéfices réinvestis. L'Andorre plafonne à 10 %, devant le Portugal à 19 % puis le Panama à 25 % en fiscalité territoriale.
Comment fonctionne le modèle estonien géorgien ?
L'impôt sur les sociétés de 15 % n'est dû qu'au moment où les bénéfices sont distribués. Tant qu'ils sont réinvestis dans l'entreprise, le taux effectif reste de 0 %, ce qui soutient l'autofinancement et la croissance.
La fiscalité territoriale du Panama exonère-t-elle vraiment les revenus étrangers ?
Oui en principe : seuls les revenus de source panaméenne sont imposés à 25 %. Encore faut-il que l'activité soit réellement conduite hors du Panama, sur des critères de lieu de gestion, de clients et de prestations vérifiables.
Les Bahamas sont-elles encore un territoire à zéro impôt ?
Pour les PME et sociétés de taille modeste, oui : l'impôt sur les bénéfices reste nul. Seules les multinationales dépassant 750 millions d'euros de chiffre d'affaires supportent désormais une taxe minimale de 15 % au titre du pilier 2.
Quels risques si la substance est insuffisante ?
La société peut être requalifiée en France, ses bénéfices réintégrés via les règles anti-abus et les avantages locaux remis en cause. Une implantation crédible, avec bureau, personnel et gestion effective, reste la seule protection durable.




